…la radio ki lés kozé…
 
Rencontres…
Daniel Vabois
Mais jusqu'à quand ?

Mais jusqu’à quand ?
Mais jusqu’à quand créole va croire
qu’la gueule rouvert sous l’entannoir
va dress’ son pays, son marmaille ?

 

   
Mais jusqu’à quand ?

     

L’ACTION DE DEVELOPPEMENT ARTISTIQUE ET CULTUREL
(Les protagonistes)

Le politique ne détient pas le monopole de la pensée structurante pour tout ce qui concerne la vie des humains en société. Le créateur artistique, par son approche particulière et variée des problèmes qui s’y pose, joue lui aussi un rôle important dans le devenir de notre société. De Molière à Georges Brassens en passant par Coluche, Claude Lelouche ou Pierre Perret, pour ne faire qu’évoquer des références incontestables, les exemples ne manquent pas pour étayer ce constat.
Seulement voilà, l’organisation matérielle de la société humaine est le domaine quasi privé des hommes et femmes politiques et leurs mandats sont comptés ! ce qui les rend un peu prisonniers et donc jaloux des prérogatives que leur a confié leur électorat.
Il arrive cependant aux politiques d’avoir à constater, chez leurs administrés, des comportements peu engageants pour l’avenir immédiat, tels la déresponsabilisation des familles, les incivilités des jeunes et moins jeunes, l’irrespect des personnes et des biens, l’appât du gain et du profit immédiat, l’absence d’effort personnel, la faiblesse des niveaux de connaissance et de culture, etc. Alors, curieusement (car ils les ont généré peu ou prou), il leur arrive d’appeler de leurs vœux l’intervention des créateurs artistiques.
Malheureusement, en ces occasions, ils font plus jouer les violons que solliciter clairement une mise en commun de compétences pour atteindre un objectif précisément défini. Les termes de cet appel, on le découvre plus tard, ont finalement un caractère « Mise à disposition » de l’artistique et du culturel au service aveugle d’objectifs politiques non expressément déclarés au départ. Ce caractère se révèle brutalement au moment où l’artistique formule les conditions de temps et de moyens nécessaires à l’efficacité de son travail. Sollicité le plus souvent dans l’urgence, pour une échéance très proche (durée de mandat oblige) et bien sûr sans moyens officiellement attribués, le créateur artistique se retrouve rapidement dans la peau d’un faire-valoir, d’un agent de diversion.
Par ailleurs, dès que l’artistique, ou le culturel, propose un travail réfléchi basé sur le long terme, autrement dit une action de développement, et en particulier si ce travail est envisagé sous des angles inhabituels ou quelque peu innovants, le politique lui oppose des « Attention à »… Attention à ne pas heurter les habitudes de la population, Attention aux échéances électorales, Attention aux priorités prioritaires !
Cette dernière mise en garde est la plus souvent utilisée. En effet, l’emploi, le logement, l’action sociale, parce que fortement demandeurs, servent volontiers de remparts infranchissables, de prétextes pour ne pas s’engager sur le long terme et l’ouverture des horizons.
Que pourrions-nous penser du comportement d’un père de famille qui se satisferait de subvenir aux seuls besoins de ses enfants en vêtements, en nourriture, en école et qui ne s’inquièterait pas de leurs besoins en éducation, en découverte de pensée et de comportement !
De même, ce genre d’attitude est à rapprocher de celle d’enseignants qui considèrent avec détermination que l’éducation physique, musicale ou graphique sont des disciplines secondaires !… que « l’apprenant » ne doit pas rencontrer sur sa route des situations éprouvantes… Attention aux traumatismes !
Les quelques avancées institutionnelles qui ont pris corps au cours des dernières décennies, comme la création (récente dans l’histoire politique de la France) d’un ministère de la Culture ou encore de la décentralisation des pouvoirs des élus, pourraient laisser croire que de telles attitudes ont été éradiquées…
Que nenni ! Elles sont toujours bien vivaces, à l’échelle nationale comme à l’échelle locale. Les seuls exemples de la lutte incessante pour faire reconnaître les spécificités du travail des artistes du spectacle (statut des intermittents du spectacle) ou encore le peu de consistance de ce qu’on dénomme pompeusement « service culturel municipal » suffisent à nous le prouver.
En définitive, des faits quasi quotidiens (qu’il faut savoir désamalgamer des omniprésentes entreprises pour satisfaire les priorités prioritaires), montrent que le pouvoir politique n’a que peu de temps, et encore moins de moyens, à consacrer à l’action de développement artistique et culturel. Quel cruel paradoxe lorsque, par ailleurs, on entend sans cesse les hommes politiques, toutes tendances et tous grades confondus, présenter cette action comme la pierre angulaire de la construction de notre société !

Daniel Vabois 2004 Au Cab’ Trois-Bassins 97-426
(12/04/04)