L’ACTION
DE DEVELOPPEMENT ARTISTIQUE ET CULTUREL
(Les protagonistes)
Le politique ne détient pas le
monopole de la pensée structurante pour tout ce qui concerne
la vie des humains en société. Le créateur
artistique, par son approche particulière et variée
des problèmes qui s’y pose, joue lui aussi un rôle
important dans le devenir de notre société. De
Molière à Georges Brassens en passant par Coluche,
Claude Lelouche ou Pierre Perret, pour ne faire qu’évoquer
des références incontestables, les exemples ne
manquent pas pour étayer ce constat.
Seulement voilà, l’organisation matérielle
de la société humaine est le domaine quasi privé
des hommes et femmes politiques et leurs mandats sont comptés !
ce qui les rend un peu prisonniers et donc jaloux des prérogatives
que leur a confié leur électorat.
Il arrive cependant aux politiques d’avoir à constater,
chez leurs administrés, des comportements peu engageants
pour l’avenir immédiat, tels la déresponsabilisation
des familles, les incivilités des jeunes et moins jeunes,
l’irrespect des personnes et des biens, l’appât
du gain et du profit immédiat, l’absence d’effort
personnel, la faiblesse des niveaux de connaissance et de culture,
etc. Alors, curieusement (car ils les ont généré
peu ou prou), il leur arrive d’appeler de leurs vœux
l’intervention des créateurs artistiques.
Malheureusement, en ces occasions, ils font plus jouer les violons
que solliciter clairement une mise en commun de compétences
pour atteindre un objectif précisément défini.
Les termes de cet appel, on le découvre plus tard, ont
finalement un caractère « Mise à disposition »
de l’artistique et du culturel au service aveugle d’objectifs
politiques non expressément déclarés au
départ. Ce caractère se révèle brutalement
au moment où l’artistique formule les conditions
de temps et de moyens nécessaires à l’efficacité
de son travail. Sollicité le plus souvent dans l’urgence,
pour une échéance très proche (durée
de mandat oblige) et bien sûr sans moyens officiellement
attribués, le créateur artistique se retrouve
rapidement dans la peau d’un faire-valoir, d’un
agent de diversion.
Par ailleurs, dès que l’artistique, ou le culturel,
propose un travail réfléchi basé sur le
long terme, autrement dit une action de développement,
et en particulier si ce travail est envisagé sous des
angles inhabituels ou quelque peu innovants, le politique lui
oppose des « Attention à »…
Attention à ne pas heurter les habitudes de la population,
Attention aux échéances électorales, Attention
aux priorités prioritaires !
Cette dernière mise en garde est la plus souvent utilisée.
En effet, l’emploi, le logement, l’action sociale,
parce que fortement demandeurs, servent volontiers de remparts
infranchissables, de prétextes pour ne pas s’engager
sur le long terme et l’ouverture des horizons.
Que pourrions-nous penser du comportement d’un père
de famille qui se satisferait de subvenir aux seuls besoins
de ses enfants en vêtements, en nourriture, en école
et qui ne s’inquièterait pas de leurs besoins en
éducation, en découverte de pensée et de
comportement !
De même, ce genre d’attitude est à rapprocher
de celle d’enseignants qui considèrent avec détermination
que l’éducation physique, musicale ou graphique
sont des disciplines secondaires !… que « l’apprenant »
ne doit pas rencontrer sur sa route des situations éprouvantes…
Attention aux traumatismes !
Les quelques avancées institutionnelles qui ont pris
corps au cours des dernières décennies, comme
la création (récente dans l’histoire politique
de la France) d’un ministère de la Culture ou encore
de la décentralisation des pouvoirs des élus,
pourraient laisser croire que de telles attitudes ont été
éradiquées…
Que nenni ! Elles sont toujours bien vivaces, à
l’échelle nationale comme à l’échelle
locale. Les seuls exemples de la lutte incessante pour faire
reconnaître les spécificités du travail
des artistes du spectacle (statut des intermittents du spectacle)
ou encore le peu de consistance de ce qu’on dénomme
pompeusement « service culturel municipal »
suffisent à nous le prouver.
En définitive, des faits quasi quotidiens (qu’il
faut savoir désamalgamer des omniprésentes entreprises
pour satisfaire les priorités prioritaires), montrent
que le pouvoir politique n’a que peu de temps, et encore
moins de moyens, à consacrer à l’action
de développement artistique et culturel. Quel cruel paradoxe
lorsque, par ailleurs, on entend sans cesse les hommes politiques,
toutes tendances et tous grades confondus, présenter
cette action comme la pierre angulaire de la construction de
notre société !